Les violences sexuelles, incestueuses ou non, sont l’une des formes de violence les plus potentiellement dévastatrices dans la vie d’un être humain. Tellement dévastatrices qu’on peut croire que personne ne s’en remet jamais, et qu’il est impossible d’être heureux après avoir été abusé sexuellement.
Cet article a pour but d’expliquer les avantages d’un suivi psychologique après des violences sexuelles, et de voir s’il y a de réels résultats en ce faisant.
Table des matières
L’impact positif d’un suivi psychologique
Commençons par chercher quelques chiffres sur l’impact du suivi psychologique après avoir vécu des violences sexuelles. Ensuite, nous verrons point par point ce qui peut être amélioré par un tel suivi.
Moins de 30% des victimes d’abus sexuels bénéficieraient tôt ou tard d’un accompagnement psychologique, souvent des années après les faits. (FRANCE CULTURE 2025)
Dans une review (McDONALD 2012), bien que les résultats ne soient pas statistiquement significatifs, la thérapie cognitivo-comportementale semblait réduire les symptômes de :
- dépression;
- anxiété;
- syndrome de stress post-traumatique.
Il est très certainement possible d’atténuer les symptômes, et de faire en sorte qu’ils deviennent vivables plutôt qu’envahissants et handicapants.
Selon Muriel Salmona, le traitement du psychotrauma est efficace et permet d’éviter de grandes « pertes de chance » (ex. espérance de vie moins élevée). (FRANCE CULTURE 2025).
Plus on commence tôt, meilleurs les résultats sont
Toujours selon Muriel Salmona, seuls 6% des victimes de violences sexuelles seraient vues en urgence, alors qu’il est important qu’elles soient vus le plus vite possible (même dans les 12h si on veut éviter l’installation d’une mémoire traumatique). (FRANCE CULTURE 2025)
Savoir qu’on n’est pas condamné à aller mal
Comme le souligne la psychologue Mélanie (MINISTÈRE DES SOLIDARITÉS 2024), le suivi psychologique d’un enfant ou d’un adolescent permet à ce dernier de comprendre qu’il n’est « pas condamné à aller mal » juste parce qu’il a subi des violences sexuelles.
Elle explique qu’être aidé et accompagné « par des adultes bienveillants » peut permettre d’être « un adulte accompli, équilibré, qui mène une vie tout à fait satisfaisante ».
Ne plus se sentir seul
L’un des points importants d’un suivi psychologique est que le mineur comprenne qu’il est loin d’être la seule victime d’abus sexuels. En fonction de l’âge de la victime et de son niveau de compréhension, vous pouvez lui expliquer qu’il y a un grand nombre de victimes comme lui ou elle, et que le fait d’avoir été abusé ne veut pas dire que c’est « toujours sur lui que cela tombe ».
En effet, une victime peut finir par se demander « pourquoi moi ? ». Comme vous le savez probablement, avoir été victime de violences sexuelles une première fois augmente le risque d’être abusé sexuellement à nouveau dans le futur. La victime peut alors faire un lien rapide et se dire que « si cela m’arrive plusieurs fois, c’est que j’ai un problème ».
Quand on a vécu quelque chose d’horrible, savoir qu’on n’est pas seul peut soulager mentalement. Bien sûr, cela n’est pas du tout une bonne nouvelle de savoir qu’autant d’enfants sont abusés sexuellement chaque année, mais pour l’enfant victime, il est important qu’il comprenne ne pas être une exception puisque selon le rapport de la CIIVISE (CIIVISE 2023), pas loin de 10% de la population française aurait vécu des abus sexuels.
La reconnaissance des faits et le soutien social
Le fait qu’un enfant ait accès à une aide psychologique suite à la révélation d’abus sexuels subis fait forcément suite à la reconnaissance par un adulte que ce que l’enfant dit est vrai. Le fait d’être cru est essentiel dans le processus de guérison.
Comme le souligne la psychologue Marianne Sanchez (ASSOCIATION CVM 2018), le soutien social est la variable la plus protectrice à tous les niveaux. Il est constitué non seulement par la famille, les amis mais également les professionnels de santé. Cela signifie que le psychologue vient renforcer le soutien social et la reconnaissance de la souffrance de la victime.
Mémoire traumatique vs. mémoire autobiographique
Selon le Dr. Muriel Salmona, qui fait part de ses travaux remarquables sur la mémoire traumatique dans ses articles et son livre intitulé Le livre noir des violences sexuelles, explique la différence entre la mémoire traumatique et la mémoire autobiographique.
Pour elle, un des piliers fondamentaux du traitement des victimes de violences sexuelles est de permettre, lorsqu’un stimulus fait repenser aux abus, de pouvoir s’en souvenir sans que se déclenche à chaque fois une avalanche d’émotions négatives ingérables. En gros, vous devenez capable de vous souvenir des abus de manière « biographique » mais pas de manière « traumatique ».
C’est d’ailleurs ce que l’on retrouve dans le témoignage de Vahina Giocante (voir Sources) quand elle explique que maintenant, l’inceste subi par son père est comme une cicatrice : elle est toujours là, mais elle peut la toucher sans que cela ne lui fasse mal. L’aide psychologique permet d’atteindre cela.
Cela évite aussi, selon elle, d’être alors colonisé par l’abuseur et les abus. Cet aspect est l’un des plus pénibles pour les victimes, qui finissent par penser constamment à l’agresseur sexuel ainsi qu’aux violences sexuelles, puisqu’il y a souvent un détail qui va faire remonter les souvenirs.
EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing)
L’EMDR est efficace pour réduire les idées suicidaires contre les victimes de viol qui souffrent de dépression.
Une meilleure compréhension des événements
Un enfant victime d’abus sexuels ne vit pas les choses de la même manière qu’un adulte. En effet, il analyse les choses et tire des conclusions en fonction de sa compréhension limitée du monde.
Pour un enfant, les maltraitances seront souvent interprétées comme étant la conséquence de quelque chose de mal qu’il aurait fait, ou bien il en trouve la cause dans le fait qu’il est « un mauvais enfant« .
Avec un suivi psychologique approprié, on va pouvoir inculquer à l’enfant certaines notions qui sont loin d’être innées et qui changent tout au niveau de la honte et de la culpabilité ressentie. Il y a des choses qu’un enfant ne comprend pas par défaut, mais dont l’explication peut rectifier la vision qu’il a des choses.
On peut lui parler, par exemple :
- de la loi et du fait que chaque adulte sait que les violences sexuelles sont interdites : bien des enfants trouvent des excuses à l’agresseur en se disant qu’il ne savait pas qu’il ne pouvait pas. Au contraire, l’enfant doit savoir que ces actes sont punis par la loi et qu’il est impossible qu’un adulte (ou même un adolescent) ne soit pas au courant du caractère prohibé des violences sexuelles.
- du fait que l’adulte sait ce qu’il fait (sauf peut-être un adulte retardé mental ou psychotique qui aurait perdu contact avec la réalité) et qu’il a la seule responsabilité des événements.
- du fait que les violences sexuelles sont une problématique fréquente – ce n’est donc pas « uniquement lui ».
- du fait qu’il n’est pas coupable, même s’il retournait volontairement voir l’agresseur. Je trouve cela terrible d’entendre en consultation des anciennes victimes me dire : « Je me sens toujours coupable. J’y retournais de moi-même, car si je faisais ce qu’il me disait, je recevais un cadeau [ou des bonbons, ou une activité]. ».
Estomper et gérer les émotions négatives
Suite à des abus sexuels, de nombreuses émotions pénibles sont ressenties :
- culpabilité : pourquoi je n’ai pas crié? pourquoi je retournais de moi-même vers l’agresseur? pourquoi j’aime encore mon père qui m’a violé(e)?
- honte;
- colère;
- tristesse;
- douleur liée à la trahison.
La psychothérapie peut aider à exprimer ses sentiments et ses émotions négatifs, notamment la colère, sans que cela ne pose problème puisque cela se fait de manière contrôlée.
Rétablir un lien de confiance avec un adulte tiers
Resocialiser l’enfant dans un cadre sécurisant lui permet de former des liens de confiance avec des adultes de confiance non-abuseurs. De cette manière, il peut intégrer le fait que tous les adultes ne sont pas des agresseurs, et surpasser certaines peurs ou blocages.
Transférer la responsabilité vers l’abuseur
Assez typiquement, en consultation, les patients ayant vécu des abus sexuels étant enfant se disent souvent que c’est de leur faute.
Malheureusement, ceux qui pensent comme cela sont souvent des adultes qui ont parlé à l’époque des abus, souvent en plein pendant la période d’abus, et qui n’ont pas été crus ni protégés, ou bien crus mais pas protégés. L’adulte confident ne s’est pas mis en colère contre l’abuseur, n’a pas été confronter celui-ci, n’a pas soustrait l’enfant à son contact, n’a pas porté plainte.
Il n’y a pas eu de démarcation claire entre l’agresseur et la victime. Comme il n’y a pas eu de corps de défense autour de la victime (un ou plusieurs adultes protecteurs), l’agresseur a pu faire un récit alternatif. Par un tour de passe-passe, il a perverti les déclarations de l’enfant pour inverser les rôles. Il n’est donc pas surprenant que les victimes soient souvent si détruites.
Vous sériez étonné (ou peut-être pas, si vous l’avez vécu) de la compassion incroyable dont une proportion de la population fait preuve à l’égard des pédocriminels. Voici quelques propos tenus par les proches confidents de violences sexuelles à l’égard d’enfants :
- « Oui, mais il avait une vie sexuelle très insatisfaisante avec sa femme. » (comme si cela excusait quoi que ce soit)
- Une inspectrice de police : « Mais enfin, madame, vous vous rendez compte? Vous portez plainte et le pauvre homme, il se ramasse avec la police à sa porte! »
- Une soeur d’agresseur : « Je ne pouvais pas ne pas aller à la réception [de l’agresseur]. Il vient juste d’avoir un bébé. »
- Une magistrate : « Madame, une instruction dure dix-huit mois, on ne va quand même pas priver le père [contre qui la mère a porté plainte pour abus sexuels sur leur enfant commun] de son fils pendant aussi longtemps, le temps que l’enquête aboutisse! »
- Une médecin intervenante dans les services sociaux : « Même si l’enfant a été violé par le père, on privilégie de continuer les contacts entre eux, surtout si l’enfant le demande. »
Ce ne sont que quelques exemples, mais il y en a des milliers. Il n’est pas difficile de comprendre, ensuite, pourquoi un enfant qui a parlé ainsi que les adultes protecteurs peuvent se sentir responsables des conséquences.
La thérapie a aussi pour but de remettre l’église au milieu du village. Nous parlons ici spécifiquement du suivi des enfants. Pour un enfant victime d’abus sexuels, il est essentiel de replacer la culpabilité sur le réel responsable.
Empêcher l’enfant d’intégrer les abus sexuels comme une norme
Dans les environnements où les abus sexuels ne sont pas pris en charge correctement, c’est-à-dire nommés comme tels, et punis comme il se doit, l’enfant va être spectateur d’une dynamique qu’il risque d’intégrer comme norme.
C’est notamment l’une des raisons qui font que l’inceste se perpétue souvent de génération en génération, comme l’explique Dorothée Dussy dans son livre Le berceau des dominations. Le fait qu’il n’y ait pas de défense des victimes ni de punition des agresseurs fait intégrer cette dynamique comme normale, et la famille devient aveugle à l’inceste.
Aider à ne pas devenir agresseur sexuel à son tour
Pour cette section, je vous invite à lire mon article plus détaillé :
=> Aider un enfant de moins de 12 ans aux comportements sexuels problématiques.
Pour aller plus loin
J’espère que ces informations et ces astuces auront pu vous être utiles.
Pour éviter les répétitions, les sources et références bibliographiques sont regroupées dans trois articles constamment mis à jour :
=> Aller à l’article : Les meilleures ressources sur l’éducation financière et la réussite.
=> Aller à l’article : Les meilleures ressources par problématique (trouble psychologique ou situation).
=> Aller à l’article : Les meilleures ressources sur le minimalisme.
Sources
- ASSOCIATION CVM, 19 novembre 2018, Comment aider son enfant suite aux violences qu’il a subi ?, https://www.youtube.com/watch?v=53pMcSzg8QQ
- CA COMMENCE AUJOURD’HUI, Vahina Giocante, victime d’inceste : « mon agresseur était mon modèle absolu », 13 mai 2024, https://www.youtube.com/watch?v=aMSbcXgUVnE
- CIIVISE, Le rapport public de 2023, 17 novembre 2023, https://www.ciivise.fr/le-rapport-public-de-2023
- CN2R OFFICIEL, Les thérapies pour les victimes de violences sexuelles, 5 juillet 2024, https://www.youtube.com/watch?v=oQzIev3u5QQ
- DUSSY Dorothée, Le berceau des dominations, 2013
- FRANCE CULTURE, Prise en charge médicale et psychologique (4/6) | Carnets de santé, 14 janvier 2025, https://www.youtube.com/watch?v=2Ao_TUc913s
- MCDONALD G. et al, Cognitive‐behavioural interventions for children who have been sexually abused, 16 mai 2012, https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7061273/?utm_source=chatgpt.com#CD001930-sec-0100
- MINISTÈRE DES SOLIDARITÉS, Mélanie, psychologue médico-judiciaire à l’AP-HP | Violences sexuelles faites aux enfants, 28 octobre 2024, https://www.youtube.com/watch?v=TANVIvIFUOM
- SALMONA Muriel (psychiatre), Accompagnement des enfants victimes de violences sexuelles, avril 2015 (actualisé en 2017), https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Articles-Dr-MSalmona/20170202-2-Accompagnement_des_enfants_victimes_de_violences_sexuelles.pdf
- SALMONA Muriel, Le livre noir des violences sexuelles, 2013
Témoignages filmés d’enfants dans des « salles Mélanie » : https://www.youtube.com/watch?v=yC4sfweuZ3I
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