La séparation amoureuse et le divorce sont-ils de mauvaises choses ?

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Le divorce et la séparation amoureuses sont-ils à prohiber, à fuir, ou au contraire à saluer ?

Les préjugés sur le divorce et les femmes divorcées

Qui n’a jamais entendu des préjugés sur le divorce ?

  • « C’était mieux avant! »
  • « Tu n’aurais pas dû partir! »
  • « La société était plus stable quand les gens ne divorçaient pas! »

Même à l’heure actuelle, ce sont principalement les femmes divorcées qui sont jugées par la société, a fortiori si elles ont des enfants de leur ex-mari et deviennent de ce fait maman solo. J’entends rarement des jugements sur les hommes divorcés. Cela est peut-être lié au fait qu’une écrasante majorité des divorces sont demandés par des femmes. Cependant, cela n’est probablement pas le seul facteur en jeu.

On se méfie d’elles. On ne les invite plus dans les soirées où des couples sont présents, de peur qu’elles ne visent l’un des hommes présents. On s’imagine qu’elles donnent une mauvaise éducation à leurs enfants.

Sabine, 35 ans, nous en parle (le prénom, l’âge et certains détails ont été changés) :

Quand je suis partie de chez mon mari avec mes enfants, pour des faits de violence grave, j’ai subi un déclassement social très important. Le choc a été non seulement financier, mais également relationnel. Étant une femme, j’avais principalement des contacts féminins (que je pensais être mes amies).

Tout à coup, je n’étais plus la bienvenue. Mes amies ont commencé à se montrer méfiantes quand leur mari était dans la pièce. Une autre m’a carrément dit qu’elle n’aimait pas trop fréquenter des femmes divorcées car elle trouve que le divorce donne toujours des problèmes et que les enfants en ressortent toujours dérangés avec des troubles du comportement.

Pour moi, ce n’était pas forcément mieux d’élever mes enfants dans un climat de violence, en les laissant avoir un mauvais exemple au quotidien. J’ai mis de la distance avec cette amie.

Dans cet article, nous allons réfléchir sur la question pour voir ce qu’il se passerait si les gens ne se séparaient pas.

Quelques faits sur le divorce

Le documentaire Une histoire du divorce1 nous apprend qu’en France, le divorce par consentement mutuel était interdit jusqu’en 1975. Avant cela, il fallait prouver une faute de l’autre (coups, adultère, etc.) pour obtenir le divorce – ce qui poussait certains couples à devoir s’accuser pour pouvoir se séparer. Avant cette loi, 1 mariage sur 9 (11% environ) se terminait par un divorce. Deux ans après que la loi soit passée, 1 mariage sur 6 (16% environ) se terminait par un divorce, pour atteindre 1 mariage sur 3 dans les années 1990. Dans 75% des cas, le divorce serait demandé par la femme.

On voit, au fait que le taux de divorce a brusquement augmenté dès que la loi sur le divorce par consentement mutuel a été votée, qu’un nombre important de personnes n’attendaient que cette opportunité.

Dans beaucoup de pays du monde, le divorce est encore une chose compliquée.2 Au Vatican, le divorce est encore interdit. Aux Philippines également, sauf pour les musulmans. Au Chili, le divorce n’a été légalisé qu’en 2004, et Malte en 2011.3

Dans la majorité des pays, le divorce est légalement autorisé mais difficile à obtenir pour une femme. Par exemple, dans certains pays, seul l’homme peut demander le divorce, et la femme doit obtenir l’accord du tribunal en fournissant un nombre de preuves de fautes (ce qui est parfois impossible).4

Témoignages

Voyons quelques témoignages pour mieux analyser la situation. Les prénoms, âges, lieux et certains détails ont été changés pour respecter l’anonymat des personnes concernées. Cependant, les histoires sont très fortement inspirées de faits réels.

Voyons d’abord le témoignage de Paul, 85 ans :

J’ai grandi dans un petit village belge, et j’ai connu la Seconde Guerre mondiale. Quand j’étais petit et jeune adulte, les gens ne divorçaient pour ainsi dire pas.

Dans un village, tout se sait. On le savait bien, qu’Untel battait sa femme. On savait aussi qu’un autre était alcoolique et que cela se passait mal. Rien que dans ce petit hameau, je connais déjà deux filles qui ont eu un enfant de leur propre père.

Tout se savait, mais on se taisait, et la femme restait. En même temps, quel choix avait-elle ? Les femmes, à l’époque, ne travaillaient pas. Il était impossible de partir. Il fallait donc tout accepter. L’homme pouvait frapper, boire, jouer, tromper à sa guise, et la femme était coincée.

Sonia, 40 ans, se trouve dans une situation difficile. Le divorce est autorisé dans son pays, mais elle a quatre enfants et son mari ne lui a jamais permis de travailler, ce qui fait qu’elle se retrouve sans argent.

Avant le mariage, il avait l’air d’un homme bien sous tout rapport. Cependant, après avoir eu notre premier enfant, son attitude a vite changé.

Il est devenu violent, me blessant plusieurs fois gravement. Il a commencé à boire de plus en plus d’alcool, et même à consommer de la drogue. Il a même cherché à se débarrasser de nos enfants et à les faire placer pour ne plus avoir à devoir payer pour eux.

Malheureusement, dans mon pays, il n’y a pas de crèches, et il faut que la famille soit d’accord de vous aider (financièrement et pour les enfants) avant de pouvoir divorcer en tant que femme. Dans mon cas, mes parents n’étaient pas d’accord et m’ont renvoyée vers mon mari.

Je suis donc coincée, et obligée de subir insultes, tromperies, humiliations, ainsi que de voir mes enfants grandir dans un environnement instable, malsain et violent, ce qui les perturbe énormément. Si l’on me donnait la possibilité de quitter mon mari, je serais tellement heureuse. Mes enfants pourraient enfin grandir en paix, et je n’aurais plus à craindre pour notre sécurité.

Nous avons aussi le point de vue de Thérèse, 50 ans, qui a subi les dégâts d’un couple parental qui n’a jamais divorcé.

Quand j’étais petite, divorcer, cela ne se faisait pas vraiment. Mon père était extrêmement distant. C’est bien simple, il n’était jamais à la maison. Pendant la journée, il travaillait. Le soir, il était au café avec ses amis ou en vadrouille on ne savait trop où.

Ma mère n’arrêtait pas de pleurer, car il ne faisait pas attention à elle. Ils étaient mariés, mais elle devait pratiquement tout faire toute seule. Toujours toute seule. Bien des fois, j’ai dû la consoler.

Le problème, c’est qu’elle aimait mon père et n’aurait divorcé pour rien au monde. Il faut bien se dire qu’on fait, dans ce cas, porter une énorme responsabilité aux enfants. J’aurais tellement voulu qu’elle divorce, et qu’elle rencontre un autre homme. J’aurais aimé la voir rire, et la voir recevoir l’amour qu’elle méritait. On dit que divorcer, c’est mal, mais ne pas divorcer quand rien ne va à la maison, c’est encore pire! J’en garde d’énormes traumatismes. Voir sa mère triste chaque jour, et être maltraitée par son père, c’est vraiment terrible.

Il y a, bien sûr, un mouvement paternaliste qui est tout à fait contre le divorce et dont les membres s’insurgent du fait que les femmes demandent aussi souvent à se séparer de leur mari.

À ce propos, voici l’avis de Laurent, 27 ans :

J’entends régulièrement des hommes se plaindre que la femme a demandé le divorce.

Je connaissais un homme comme cela qui était marié. Il laissait tout le temps sa femme seule à la maison avec les enfants, et il passait son temps à la tromper. Il ne lui donnait rien de ce que l’on est censé donner dans un mariage. Le jour où elle a demandé le divorce, il était surpris et scandalisé.

Des gars comme ça, j’en connais un paquet. Je suis parfois surpris de voir à quel point certains se remettent peu en question.

Les conséquences sur les enfants

Les arguments anti-divorce tournent souvent autour du devenir des enfants, avec pour postulat que rester marié malgré tout est toujours mieux pour eux. Mais est-ce réellement vrai ? Pour éviter de ne donner que mon opinion personnelle, je voudrais analyser certaines situations et voir ce qui peut se passer pour les enfants quand, malgré des problèmes, les parents restent mariés.

La violence conjugale

Ne pas divorcer en cas de violence conjugale a des conséquences sur l’enfant, qui est alors considéré comme co-victime. Le fait qu’il soit témoin de violences sur un des deux parents (en général la mère) peut avoir diverses conséquences sur le jeune5 6 :

  • absence de sécurité physique et psychologique, entraînant des troubles affectifs (inquiétude permanente, anxiété, dépression, faible estime de soi) et une crainte pour la survie du parent victime et la sienne propre (puisqu’il dépend du parent victime);
  • coups reçus directement, entraînant parfois des blessures;
  • peur pour la vie du parent violenté (et donc peur pour sa propre survie quand l’enfant est jeune, puisqu’il est dépendant de son parent);
  • sentiment d’impuissance et une certaine parentification;
  • sentiment de culpabilité (« C’est par ma faute que maman reste. »; « Je ne suis pas capable de la protéger. »);
  • syndrome du sauveur (qui le rendra fragile toute sa vie);
  • troubles de l’apprentissage;
  • problèmes de santé causés par le stress chronique;
  • difficultés relationnelles et comportementales (repli, manque de confiance, opposition, manipulation, violence, aggressivité, refus de l’autorité du parent victime);
  • un syndrome de stress post-traumatique;
  • des « étiquettes » qui ne collent pas (enfant difficile, déficit de l’attention, autisme parfois) car le comportement vient de l’exposition à la violence et pas d’un diagnostic précis;
  • fugue;
  • conduites addictives (alcool, drogues);
  • tendances suicidaires;
  • répétition des modèles appris (un garçon deviendra plus facilement violent, une fille plus facilement une victime);
  • grande solitude.

Si l’on compare toutes ces conséquences possibles avec un divorce qui amènera l’enfant en lieu sûr, certes élevé seul par sa mère mais sans peur permanente, il n’y a pas de comparaison possible. J’ai connu de nombreux adultes qui regrettaient amèrement que leur mère ne soit jamais partie, malgré toutes les violences subies par le père.

L’inceste

Selon le rapport 2023 de la CIIVISE7, seules 8% des victimes d’inceste seraient crues et protégées. Bien souvent, la victime est crue mais pas protégée. Même les victimes qui se confient à un membre de la famille (majoritairement la mère) ne bénéficient d’aucun soutien ou protection dans 62% des cas. Donc 38% des enfants qui se confient à la famille sont aidés, une minorité, malgré que 70% d’entre eux soient crus au moment de la révélation.

Dans le cas de l’inceste, le déni de la mère est très fréquent, et les révélations ne mènent pas forcément au divorce ou à la séparation parentale. Or, la réaction de la mère a des conséquences monumentales sur l’évolution positives ou négatives.

Nous parlons ici des cas de non-divorce après une révélation d’inceste. Pour l’enfant victime d’inceste, cela a donc pour conséquence:

  • continuer à vivre avec son bourreau (père ou beau-père);
  • culpabilité énorme;
  • stress chronique (vivre avec quelqu’un qui vous viole ou vous fait subir des attouchements);
  • sentiment de trahison (votre mère, à qui vous faisiez confiance, laisse les abus sexuels continuer alors qu’elle a été mise au courant);
  • dissociation;
  • risque de suicide;
  • délinquance ou conduites addictive (alors qu’en comparaison, 62% des victimes ayant été crues et protégées « ne rapportent pas de conséquences des violences sur leur santé »)8;
  • ne pas pouvoir parler ouvertement des abus subis puisqu’on lui a intimé le silence, cela mène à une grande solitude.

On peut aussi avoir la plupart des conséquences mentionnées sous le point précédent (La violence conjugale).

L’infidélité répétée d’un des deux parents

Le troisième cas de figure dont je voulais parler, était celui dans lequel un des deux (ou les deux) parents fait (font) preuve d’infidélité répétée. Bien des parents restent ensemble malgré le fait qu’ils soient parfaitement au courant de l’adultère.

L’impact d’une infidélité dans le couple parental sur l’enfant peut être important, et inclure, par exemple9 :

  • une méfiance des relations amoureuses et des relations plus distantes à l’âge adulte;
  • une méfiance vis-à-vis de l’autre sexe;
  • du stress;
  • une dépression;
  • de la colère voire de la haine envers le parent infidèle;
  • un conflit de loyauté;
  • une atmosphère de mensonge;
  • une estime de soi faible.

Conclusion

Là où je voulais en venir avec ce long article, c’est que l’argument « C’était mieux quand personne ne divorçait » ne tient pas forcément la route. Quand personne ne divorçait, ce genre de situations perdurait, tout simplement.

Pour aller plus loin

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Votre avis nous intéresse ! Que pensez-vous des arguments avancés ? Quelle est votre opinion sur le divorce et/ou la séparation amoureuse ? Laissez un commentaire pour partager vos pensées !

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Note importante

L’autrice de ce blog n’est pas experte en psychologie et les conseils ou les informations donnés ici résultent de ses propres recherches et, parfois, opinions personnelles, ainsi qu’expérience personnelle. Vous êtes responsable de vos propres décisions. Les articles de ce site ne remplacent en aucun cas une aide professionnelle si vous êtes réellement mal en point.

Sources

  1. LCP, Une histoire du divorce, 7 juillet 2025, https://www.dailymotion.com/video/x9mi2q6?utm_source=chatgpt.com ↩︎
  2. https://www.franceinfo.fr/societe/saint-valentin/divorcer-une-pratique-pas-si-evidente-selon-les-pays_2610254.html ↩︎
  3. Legal Clarity, What Countries Do Not Allow Divorce and Why?, 1 september 2025, https://legalclarity.org/what-countries-do-not-allow-divorce-and-why/?utm_source=chatgpt.com ↩︎
  4. Amnesty International, Sous la pression des talibans, juin 2023, https://www.amnesty.ch/fr/sur-amnesty/publications/magazine-amnesty/2023-2/sous-la-pression-des-talibans ↩︎
  5. SOS Violence conjugale Canada, Les enfants: témoins et victimes de la
    violence conjugale
    , https://sosviolenceconjugale.ca/fr/articles/les-enfants-temoins-et-victimes-de-la-violence-conjugale ↩︎
  6. UNAF, SAVARD Nathalie, Effets de la violence conjugale sur l’enfant, https://www.unaf.fr/expert-des-familles/revue-realites-familiales/realites-familiales/effets-violence-conjugale-sur-enfant/ ↩︎
  7. CIIVISE, Le rapport public de 2023, 17 novembre 2023, https://www.ciivise.fr/le-rapport-public-de-2023 ↩︎
  8. CIIVISE, 2 ans d’appel à témoignages, 21 septembre 2023, https://www.ciivise.fr/2-ans-dappel-temoignages ↩︎
  9. The CHADIE Foundation, The Real Impact of Infidelity on Children and Society, 11 décembre 2024, https://chadie.org/2024/12/11/the-real-impact-of-infidelity-on-children-and-society/?utm_source=chatgpt.com ↩︎

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