Selon des recherches, à peu près 60% des adultes auraient déjà eu une relation on/off.1 Il s’agit donc d’un problème assez fréquent dans les relations amoureuses. Ce type de relation serait associé à un plus grand risque d’abus.
Dans cet article, nous allons parler plus spécifiquement de la situation dans laquelle c’est l’un des deux partenaires qui quitte à chaque fois l’autre.
Pourquoi il ou elle vous quitte-t-il sans arrêt?
Les ruptures à répétition de la part toujours du même partenaire dans un couple peuvent avoir un certain nombre de causes différentes. Si vous êtes coincé(e) dans un cercle vicieux avec ce genre de partenaire, il est peut-être une bonne idée de tenter de comprendre pourquoi celui ou celle-ci vous largue constamment.
Parmi les causes possibles :
- un mauvais choix de partenaire : la personne vous a peut-être choisi(e) en ignorant de grosses incompatibilité dès le départ de la relation. Il est facile, quand on est très attiré par quelqu’un, de se dire que « tout ira bien », même quand il y a de grosses contre-indications. Par exemple, il vous a choisie alors que vous étiez divorcée et aviez des enfants d’une précédente relation, mais cela lui pose en fait un gros problème. À la longue, cela va donner des discussions interminables et, comme le problème n’a pas de solution, le partenaire peut être tenté de quitter à chaque fois l’autre pour y revenir quand les sentiments sont quand même là.
- une difficulté à gérer les conflits : quand on ne sait pas communiquer et qu’on n’a pas appris à régler les disputes et les problèmes par la discussion et le compromis, on peut aller plus vite vers la séparation;
- une certaine immaturité : le fait de ne pas être mature nous rend « enfantin » et, comme les enfants, on ne va pas bien tolérer la frustration, ce qui peut amener à tout rejeter en bloc de colère quand on n’obtient pas ce que l’on désire;
- un trouble de l’attachement (ex. anxieux/évitant);
- un trouble de la personnalité et/ou peur de l’abandon (ex. borderline qui sabote ses relations, dépendant qui a tellement peur de l’abandon qu’il quitte avant d’être quitté);
- un besoin de contrôle et de domination : certains partenaires vont aller jusqu’à la rupture dès que l’autre ne se conforme pas à leurs attentes ou n’obéit pas à ce qu’ils ont demandé;
- une peur de l’engagement : le partenaire quitte dès que cela devient trop sérieux et donc étouffant, il se sent coincé, a besoin de reprendre de la distance, revient, repart, etc.;
- trop de stress : le partenaire en question vit une grande crise, avec des événements très stressants, ce qui le rend instable mentalement et il peut avoir tendance à se « débarrasser » de la relation dès qu’elle est source de stress, pour diminuer la charge globale de stress;
- une peur de l’engagement.
Quel est l’impact sur vous?
Un indice pour savoir si ce schéma relationnel doit absolument être résolu, est de regarder quel impact les ruptures à répétition ont sur vous.
On peut recommander de faire attention quand les ruptures répétées ont des conséquences négatives sur vous2 ou des conséquences similaires à celles de la violence conjugale3 :
- une santé mentale qui se dégrade : baisse de l’estime de soi (impression de ne rien valoir comme partenaire), anxiété, dépression;
- des émotions négatives prépondérantes : honte, culpabilisation, colère, injustice, nervosité, frustration;
- une santé physique qui se détériore : insomnies, troubles du comportement alimentaire (ne plus rien manger ou au contraire trop), fatigue, maux de tête,…
- une attitude hyperalerte avec suradaptation à l’autre : constamment craindre la fin de la relation, marcher sur des oeufs, guetter chaque signe de colère chez votre partenaire, surveiller vos actes et votre langage en permanence;
- le fait de douter de vos perceptions : la confusion s’installe car la situation (et le comportement de l’autre) change sans arrêt, sans parler du fait que l’autre vous insuffle au fil des disputes et des ruptures l’idée qu’en fait vous êtes grandement (ou même totalement) responsable du problème. Vous en arrivez à douter d’avoir vraiment vu ou entendu ce que vous avez vu et entendu. Vous voyez une situation injuste voire carrément révoltante se dérouler, mais vous ne vous rebellez plus car vous vous dites : « C’est peut-être moi qui exagère. »
- se sentir comme la cause de tous les problèmes : votre partenaire peut nier l’anormalité de son comportement, et justifier cela à chaque fois par une chose que vous auriez dite ou faite (même minime), en arrivant à vous blâmer pour tout et n’importe quoi au quotidien, vous donnant l’impression d’être carrément le grand méchant loup.
- un impact sur vos autres relations : isolation vis-à-vis des proches, déversement des frustrations sur les amis et les enfants, etc.
Tous ces signes indiquent que les ruptures répétitives subies ont un impact négatif sur vous. En tant que médecin, j’ai appris dans ma formation à guider les gens dans leurs choix en fonction de leur santé, sans recommander nécessairement une rupture – même si celle-ci est parfois le choix le plus logique pour se protéger soi-même. L’autre est-il prêt à se remettre en question pour vous épargner?
Le cycle de la violence conjugale
Dans certains cas, le on/off constant sera quelque chose de similaire au cycle de la violence conjugale – tension, agression, justification et réconciliation.4
Une tension s’accumule d’abord (l’agresseur fait silence, ressent de la colère, fusille du regard; l’agressé commence à faire attention à ce qu’il dit/fait). Ensuite, survient l’agression (physique, psychologique, verbale, etc.) qui provoque des émotions négatives chez la victime (injustice, humiliation, tristesse). La justification suit : excuses de la part de l’agresseur (= ses « raisons » d’avoir ainsi agi) que la victime cherche à comprendre (en se sentant en cause et en doutant de ses propres perceptions). Pendant la phase de réconciliation, le conjoint violent peut aller jusqu’à parler de suicide, il s’excuse et peut promettre de changer.
Si vous observez votre situation et remarquez le même schéma, vous êtes probablement dans quelque chose qui s’apparente à de la violence conjugale.
Analyser les causes des ruptures
Selon un article de Futurity5, il convient d’analyser les causes de rupture, et voir si elles sont récurrentes ou qu’elles peuvent être résolues. Cela permet de savoir sur quels points travailler pour améliorer la relation.
Par contre, des motifs insignifiants et changeants sont le symptôme d’autre chose. Si l’autre vous quitte de colère, et toujours pour des broutilles, alors ce n’est pas la broutille qui est à l’origine de la rupture, mais plutôt la personnalité de l’autre. Cela serait extrêmement difficile à changer, surtout si le partenaire en question ne reconnaît pas le problème et n’a pas la motivation de changer.
Comprendre pourquoi vous restez
Parfois, vous n’avez plus d’amour ni de désir pour ce partenaire qui vous quitte tout le temps, et il peut même ne plus vous intéresser du tout. Mais alors, pourquoi restez-vous?
Quelques possibilités :
- les finances : un logement en commun, ou être ensemble vous aide à mieux vous en sortir au niveau pécunier;
- la durée de la relation : certains vont continuer une relation car ils y ont déjà investi tellement de temps qu’ils ont du mal à jeter tous ces efforts à la poubelle;
- l’envie de sauver l’autre : par exemple, si le partenaire a beaucoup de problèmes psychologiques et une réelle détresse, vous allez peut-être vous laisser porter par votre compassion et chercher à nouveau à l’aider;
- l’amour : bien sûr, vous pouvez aimer sincèrement l’autre personne;
- la peur d’être seul : ex. en cas de dépendance affective;
- le sexe : si le partenaire est particulièrement bon au lit;
- les demandes et le harcèlement de l’autre : le partenaire vous quitte, mais se met ensuite à paniquer et à vouloir vous récupérer, et cela peut vous faire de la peine ou vous donner l’impression qu’il ou elle vous aime réellement.
- une faible estime de soi : vous ne vous attribuez pas beaucoup de valeur et retournez dans quelque chose qui ne vous convient pas.6
- un schéma de répétition : un de vos parents vous a donné cet exemple étant enfant.7
Une idée pourrait être d’analyser vos raisons en détail, en étant réellement honnête avec vous-même, et de voir si ce sont, selon vous, des raisons valables de rester dans ce schéma douloureux.
Réaliser que cela ne vient pas de vous : arrêter de vous épuiser à éviter des disputes et ruptures inévitables
Bien sûr, je ne connais pas votre partenaire. Comme nous l’avons vu en début de cet article, il y a une myriade de raisons qui peuvent déclencher ce mécanisme de ruptures sentimentales répétées. Cependant, une chose est sûre : si vous êtes celui qui reste et tolère, et que c’est toujours l’autre qui casse, et le fait très fréquemment, c’est qu’il y a également un problème de son côté.
Votre problème à vous, c’est peut-être simplement de rester, d’accepter ce comportement sans conséquences et de ne pas mettre de limites claires. Peut-être même vous épuisez-vous à tenter de vous changer dans l’espoir que cela va enfin résoudre le problème. Bien souvent, vous remarquerez que quoi que vous fassiez, même si vous avez pris en compte tous les reproches et toutes les demandes de votre partenaire, les disputes et les ruptures surviennent quand même. Vous êtes donc en train d’essayer d’éviter des ruptures inévitables.
Avec certains types de partenaires, notamment ceux qui ont des problèmes mentaux ou ceux qui sont dominateurs/manipulateurs/maltraitants, même la perfection ne vous sauvera pas. Autrement dit, vous pourriez être le meilleur partenaire du monde, que ces disputes et ruptures surviendraient tout de même.
Comme le souligne cet article de Écoute Violences Conjugales, après une crise de violence (j’assimile la dispute et la rupture répétée à la crise de violence, ce qu’elle est réellement dans certains cas, surtout face à un individu malveillant et/ou manipulateur) :
« [La victime] doute de ses propres perceptions et accepte les justifications de l’auteur.e. Elle se remet elle-même en questions, se sentant responsable de la violence subie. Elle croit que si elle change de comportement, la violence cessera. Elle peut aussi vouloir aider l’auteur.e à changer. »8
Une discussion sérieuse
Une possibilité pour tester l’avenir et la viabilité de la relation est de demander une autre à avoir une discussion sérieuse, et à effectuer un travail de couple, éventuellement à l’aide d’un professionnel.
Cela peut donner des indices sur les sentiments réels de votre partenaire, mais également sur sa capacité à reconnaître sa part de responsabilité dans les événements, et sur sa volonté à améliorer la situation ou pas.
Vous lui dites, par exemple:
Cette situation me fait souffrir, et j’aimerais travailler dessus, afin que nous améliorions la relation et soyons tous les deux heureux ensemble.
Exemple de réponse n°1 : « Si tu ne m’énervais pas à chaque fois, ce genre de situation n’arriverait pas. C’est à toi de changer, pas à moi. »
=> Ici, on voit qu’il n’y a aucune reconnaissance du rôle joué soi-même dans la relation, et que 100% de la faute est reporté sur l’autre. Cela n’est pas très bon signe pour le futur, et surtout, cela démontre un manque de volonté d’effectuer un travail adulte sur la relation.
Exemple de réponse n°2 : « Ce n’est pas mon intention de te faire de la peine, et je ne parviens pas à contrôler ma colère. Je t’aime et je veux faire le maximum pour que ça fonctionne entre nous. »
=> Dans ce deuxième cas de figure, vous voyez que l’évolution potentielle est complètement différente.
Par ailleurs, le fait de faire ce genre de requête peut vous ouvrir les yeux concernant une éventuelle violence psychologique que vous subiriez sans vous en rendre compte. Si vous faites la demande calmement et simplement de travailler sur la relation, et que votre partenaire se met en colère et vous crie dessus que c’est vous, le problème, autant dire que cela est mal parti.
Observer les faits plutôt que ses paroles et vos émotions
Une autre façon de savoir dans quelle situation vous êtes et quelles sont les intentions de l’autre, est d’observer les faits objectivables. Les ruptures à répétition diminuent-elles? L’autre cherche-t-il à faire des efforts, ou les promesses sont-elles généralement vaines?
Effectivement, s’il y a chaque fois des tas d’excuses et de promesses, mais que la même chose se reproduit encore et encore, même si l’autre ne parvient pas à se contrôler, cela montre une certaine réalité qu’il faudrait éventuellement accepter.
Il est parfois clair, sur base des actions de l’autre, qu’il ne fait rien pour améliorer la situation.
Savoir ce que vous ne voulez plus
Vous n’êtes pas obligé de subir une telle situation si vous ne le voulez pas. Une idée est peut-être de réfléchir sérieusement, en tête-à-tête avec vous-même, avec ce que vous souhaitez réellement d’une relation, mais surtout des choses que vous ne voulez absolument plus.
Pour plus de détails sur ce point, je vous invite à lire mon autre article : Comment ne plus attirer les manipulateurs et personnes abusives : 10 conseils pour ne plus être leur victime.
Ne pas retourner dans la relation (trop vite)
Parfois, la meilleure solution est simplement de ne pas accepter de se remettre en couple avec la personne, en tout cas tant qu’elle n’accepte pas de travailler sur elle-même réellement.
Tout dépend des raisons pour lesquelles votre partenaire vous quitte sans arrêt, et je ne veux pas généraliser ou jeter la pierre à qui que ce soit, mais si des limites claires ne sont pas posées, le partenaire « quittant » va progressivement gagner de plus en plus de contrôle et de pouvoir dans la relation, jusqu’à atteindre une sorte de toute-puissance où vous, pour éviter la rupture, acceptez tout et n’importe quoi, et ne savez plus distinguer un comportement abusif d’un comportement normal.
Par ailleurs, il peut être utile de faire une pause et de discuter des problèmes avant de se remettre vraiment ensemble. Vous pouvez essayer de voir comment les problèmes peuvent être résolus, et en quoi la relation serait différente si vous vous remettiez ensemble maintenant.9
Repérer certains red flags
Si vous êtes en train de lire cet article, c’est que vous réfléchissez activement à votre relation. Certaines sources conseillent de rester attentif à certains red flags qui, normalement, ne devraient pas être tolérés10. Par exemple :
- les abus en tout genre;
- les tromperies répétées;
- le déséquilibre dans la relation de pouvoir.
Sources
- RICE-MISSOURI Sheena, On-and-Off Relationships Take a Toll, 23 août 2018, https://www.futurity.org/on-and-off-relationships-1846012/ ↩︎
- AAU – University of Missouri (Columbia), On again, off again relationships can have a long-lasting negative impact on couples’ mental health, MU research finds, 28 janvier 2022, https://www.aau.edu/research-scholarship/featured-research-topics/on-again-off-again-relationships ↩︎
- SOS Violence Conjugale Canada, 9 conséquences de la violence conjugale, https://sosviolenceconjugale.ca/fr/articles/9-consequences-de-la-violence-conjugale ↩︎
- INSPQ, Comprendre la violence conjugale : de quoi parle-t-on?, avril 2020, https://www.inspq.qc.ca/violence-conjugale/comprendre/de-quoi-parle-t-on ↩︎
- Idem 1. ↩︎
- Better Help, On-Again-Off-Again Relationship Instability & Mental Health, 9 février 2026, https://www.betterhelp.com/advice/relations/understanding-the-on-again-off-again-relationship/ ↩︎
- Idem 6. ↩︎
- Écoute Violences Conjugales, Le cycle de la violence conjugale, https://www.ecouteviolencesconjugales.be/pourquoi-appeler/victime/cycle-de-la-violence/ ↩︎
- https://www.aau.edu/research-scholarship/featured-research-topics/on-again-off-again-relationships ↩︎
- Idem 6. ↩︎

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