Dans cet article, je vais vous donner quelques critères vous permettant de comprendre si vous (ou un proche) souffrez du trouble de la personnalité borderline (ou trouble de la personnalité limite, ou état-limite).
On utilise généralement les critères du DSM-V1 pour diagnostiquer le TPB. Il faut en présenter cinq sur les neuf:
- La peur de l’abandon : vous faites des efforts énormes pour éviter un abandon qui est parfois imaginé. Vous imaginez parfois des abandons (ex. votre partenaire vous parle un peu moins et vous pensez qu’il ne veut plus de vous).
- Des relations interpersonnelles instables : cela est lié à l’alternance entre l’idéalisation et la dévalorisation d’une personne avec laquelle vous êtes en relation. Par exemple, on remarque souvent que les borderline entrent trop vite dans des relations amoureuses hyperintenses, qui sont parfois très courtes.
- Une identité changeante.
- Impulsivité dans au moins deux domaines auto-dommageables : dépenses, drogues, nourriture (boulimie), prises de risque, sexualité.
- Automutilation ou menaces/gestes suicidaires.
- Humeur extrêmement labile (dysphorie/irritabilité/anxiété durant quelques heures à quelques jours).
- Impression d’être vide.
- Troubles de gestion de la colère : difficulté à la contrôler, ou intensité inappropriée aux événements (par
exemple : fréquents mouvements d’humeur, colère constante,
bagarres à répétition). - Idéation paranoïde ou dissociation sévère transitoires en cas de stress.
1 Peur de l’abandon
Même si les borderline sont connus pour leur peur de l’abandon, cela veut donc dire qu’on peut très bien être diagnostiqué avec le TPB sans avoir de peur de l’abandon ou qu’en tout cas ce ne soit pas si visible ou évident que cela.
La peur de l’abandon concerne des abandons réels ou imaginés. De cette manière, le borderline est quelqu’un qui va souvent être très alerte aux signes de rejet/d’abandon. Parfois même trop alerte, puisqu’il ou elle va souvent interpréter à tort certains tons de voix, expressions du visage, mots (ou absence de mots),… Par exemple, chez certains borderline, il suffirait que le partenaire soit occupé et ne réponde pas aux messages pendant une ou deux heures pour que le sujet panique totalement et s’imagine déjà la fin de la relation.
En fonction de la personnalité (mais aussi, j’ai l’impression, du genre), la peur de l’abandon se manifeste de manières différentes:
- le sujet qui en est conscient et l’exprime clairement : « Ne me quitte pas! ». Dans ce cas, la peur de l’abandon est vraiment un des aspects centraux de la vie du patient, et sa vie tourne pratiquement autour de cela.
- le sujet détaché/évitant;
- le sujet qui quitte avant d’être quitté. Vous avez, comme cela, des borderline qui quittent constamment leur partenaire ou qui provoquent presque la rupture: « Vas-y, quitte-moi! »
Par ailleurs, on remarques certains comportements fréquents liés à cette peur de l’abandon. Malheureusement, ceux-ci ont tendance à plutôt aggraver les choses et à créer des problèmes de couple, plutôt qu’à les résoudre.
Le borderline aura peut-être tendance à vouloir être rassuré en permanence : il faut lui répondre tout de suite, et envoyer une grande quantité de messages même quand il n’y a pas grand chose à dire, sinon, il/elle va penser ne plus être aimé(e).
On remarquera des questionnements répétitifs qui peuvent être particulièrement agaçants, fatigants voire carrément rebutants pour le partenaire. Par exemple, demander tous jours: « Tu m’aimes encore? ». D’autres questions auront un but de vérification, par exemple pour s’assurer que le partenaire n’a pas menti ou trompé : « Où étais-tu hier soir? », etc.
Parfois, il y a des réactions disproportionnées, comme par exemple faire une crise de jalousie ou de panique si le partenaire a passé une super soirée avec ses amis ou sa famille sans le/la borderline. Un petit quelque chose devient très grave ou très éprouvant pour le borderline, qui ne sait tout à coup pratiquement plus quoi penser. Par exemple, le partenaire a un imprévu et doit annuler un rendez-vous, et le borderline croit que celui/celle-ci s’éloigne dans le but de le quitter. On peut aussi remarquer une grande jalousie si le partenaire regarde un autre membre du sexe opposé.
2 Relations instables
Les borderline ont du mal à maintenir un réseau social et des relations interpersonnelles stables, pour plusieurs raisons. On peut citer, par exemple:
- le cycle idéalisation-dévalorisation qui s’applique aussi bien à l’entourage qu’au borderline lui-même. Si vous voyez une personne comme un ange le lundi, et comme un parfait démon le mardi, on peut comprendre que vous coupiez rapidement la relation, ou que vous commenciez à attaquer cette personne qui n’y comprend rien et ne vous veut donc plus dans son entourage.
- une identité changeante et fortement influencée par l’environnement et les réactions des autres. Même un ton de voix, une phrase ou une expression du visage peut avoir de grosses conséquences sur comment le borderline se sent ou voit son interlocuteur.
- les émotions extrêmes – il n’y a pas de juste milieu, les borderline vont souvent éprouver un engouement soudain très fort, suivi parfois par un rejet très fort du partenaire, ou bien les colères ne sont pas « normales » mais ressemblent plutôt à de la rage. De la même manière, le ressentiment peut être plus fort et plus durable. Les relations en dents de scie (ou en « montagnes russes ») ne conviennent pas à tout le monde, ce qui peut amener des ruptures de la part du partenaire. Par ailleurs, dans ses phases d’émotions extrêmes négatives (rage, haine, etc.), le borderline peut fréquemment être amené à agresser son partenaire (ne serait-ce que verbalement) et à couper contact lui-même.
- un environnement familial instable à la base. Ce n’est pas une surprise, mais l’un des facteurs favorisant la survenue du TPB est la maltraitance dans l’enfance, ou la négligence sévère par les parents. Ce sont des familles qui ne sont déjà pas soutenantes à la base, voire qui sont carrément maltraitantes avec souvent tous types d’individus ayant des problèmes (mentaux ou autres). Il n’est donc pas étonnant que le réseau social familial soit instable, et que le sujet borderline se retrouve soit complètement seul (après avoir refusé les abus), soit avec des liens familiaux étiolés et inefficaces.
- les problèmes de confiance – on ne croit pas que quelqu’un peut nous aimer, on ne croit pas que quelqu’un puisse nous vouloir du bien. Bref, vous pensez que les relations n’apportent rien de bon, car vous vous basez sur vos expériences passées. Qui dit problème de confiance dit que l’on ne s’ouvre pas. Ou bien on s’ouvre, pour se refermer ensuite par peur, et revenir ensuite, et reprendre peur, etc.
- les comportements liés à la peur de l’abandon (voir au point numéro 1).
3 Identité changeante
De la même manière qu’il existe une fluctuation dans la manière dont l’autre est vu, le borderline va subir le même processus envers lui-même (idéalisation-dévalorisation de soi-même). Il ou elle peut se voir un jour comme magnifique, génial, exceptionnel. Le lendemain, il pourrait très bien se sentir complètement moche et nul.
Il y a une instabilité dans l’image de soi. Un jour complètement motivé et sûr de soi, le lendemain au fond du trou et se sentant incapable de quoi que ce soit.
Le regard et l’attitude des autres peuvent facilement déstabiliser une personne avec le TPB. Il suffit de recevoir une critique, et le borderline remet toute sa personnalité en question ou se sent très mal. Au contraire, recevoir un compliment peut également lui donner l’impression d’être une meilleure personne de manière globale.
Parfois, on va remarquer des changements radicaux et rapides dans l’apparence (ex. changer complètement de couleur de cheveux sur un coup de tête, adopter en un jour un style diamétralement opposé au style passé), dans les croyances, dans les buts de vie (ex. changer plein de fois d’études ou de job).
Bien sûr, tous les borderline ne vont pas passer de cheveux verts à des cheveux rose d’une semaine à l’autre. Beaucoup ont une apparence tout à fait normale et leur sentiment d’identité instable est plus subtil à remarquer.
On appelle parfois les borderlines des caméléons du fait qu’ils sont capable de changer autant, et de s’adapter autant aux situations et aux interlocuteurs, changeant, pour certains, même leur style, leur personnalité, leur langage ou leurs opinions en fonction de la personne à qui ils parlent.
4 Impulsivité auto-dommageable
Un borderline peut être impulsif dans divers domaines qui lui causent du tort :
- l’argent : dépenses compulsives pouvant même mener au surendettement;
- l’alimentation : grosses crises de boulimie, jeûn;
- les substances : alcoolisme, toxicomanie;
- les mises en danger : sports dangereux, conduite imprudente, fréquentations dangereuses;
- la sexualité : multiples partenaires sans se protéger;
- la vie sociale ou professionnelle : démissionner sur un coup de tête sans avoir de plan B, abandonner soudain ses études, fugue;
- l’intégrité physique : automutilation, tentative de suicide.
5 Automutilation et/ou tendances suicidaires
Les automutilations peuvent être un peu tout et n’importe quoi : se griffer, se couper avec une lame, s’infliger des brûlures, se frapper. Cela peut être toute chose qui vous fait mal. Le but de ces actes auto-agressifs est variable : se punir, se sortir d’un état dissociatif (quand on ne ressent rien après un épisode de stress), soulager une douleur mentale extrême, etc.
Pour ce qui est des tendances suicidaires, qu’elles soient « juste » en pensées ou qu’elles se vérifient par des actes ou des menaces, peuvent être liées à un profond vide/désespoir, ou bien être surtout transitoires en cas de crise (ex. rupture, conflit).
Pour ce point, j’ai pas mal de patients qui font l’objet de moqueries de la part de soignants ou de grande irritation de la part de l’entourage, mais il est important de comprendre pourquoi ils font cela.
6 Humeur extrêmement labile
Ce sont les fameuses « montagnes russes » émotionnelles – et elles sont épuisantes, aussi bien pour le borderline que pour son entourage.
Le moindre petit événement, qui semblerait insignifiant pour quelqu’un ne souffrant pas du trouble, peut provoquer un changement rapide et drastique de l’humeur. Par exemple, un retard de réponse à un message peut provoquer une crise d’anxiété canon.
Plusieurs mécanismes sont en action : l’hypersensibilité aux signaux divers, mais aussi la dysrégulation émotionnelle et le clivage (voir les gens en « tout blancs » ou « tout noirs »).
7 Impression de vide intérieur
C’est une impression d’être vide, de ne pas exister, d’être creux et/ou déconnecté.
8 Colère problématique
Dans le cas du TPB, on parle même souvent plutôt de rage. Ce qui est particulier dans le cas de l’état-limite, c’est que la colère passe de 0 à 10 en un temps record, qu’elle est souvent très intense et disproportionnée à l’événement déclencheur.
Elle s’exprime de diverses manière :
- les crises externalisées : cris, disputes, jets d’objets;
- les ruptures impulsives;
- la colère auto-centrée (avec parfois automutilations) : c’est de ma faute, je suis nul(le), etc.
9 Idéation paranoïde ou dissociation sévère transitoires en cas de stress
Une personne souffrant de TPB peut avoir, en cas de situation de stress (ex. perte d’emploi, conflit interpersonnel, rupture amoureuse, etc.), soit de la dissociation, soit des idées paranoïaques. Ces phénomènes sont normalement transitoires, bien que certaines personnes puissent rester très longtemps en état de dissociation.
La dissociation est le fait de ne plus rien ressentir et d’avoir l’impression que rien n’est réel. Tout se passe comme si la vie n’existait pas vraiment, et qu’on regardait une espèce de film.
Les idées paranoïaques peuvent également survenir de manière transitoire. On ne peut pas parler de psychose, qui voit ces idées perdurer sur le long terme et dont le sujet n’a pas conscience. Le borderline, lui, peut réaliser après coup qu’il a exagéré.
Ces deux phénomènes sont pratiquement des mécanismes de défense face au stress. Ne plus rien ressentir peut aider à gérer une situation qui nous dépasse (dissociation). À l’autre pôle, vous avez les idées paranoïaques qui sont le reflet d’un état d’alarme exacerbé.
Pour aller plus loin
Merci de m’avoir lue. Cela me fait vraiment super plaisir de voir que ce site se développe et attire de plus en plus de lecteurs. Le prochain but serait de pouvoir développer une réelle communauté et d’interagir davantage avec vous! Si vous souffrez vous-même du TPB ou que vous connaissez quelqu’un qui en souffre, n’hésitez pas à partager votre expérience dans les commentaires!
Si vous comprenez l’anglais, je vous conseille fortement la chaîne YouTube de Debbie Corso, qui s’appelle Healing from BPD2.
Sources
- AMERICAN PSYCHIATRIC ASSOCIATION, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th Edition: DSM-5, 2013, CBS Publishers and Distributors. ↩︎
- CORSO Debbie, Healing from BPD, https://www.youtube.com/@HealingFromBPD ↩︎

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