Les limites du minimalisme et de l’écologie : nous ne vivons pas seuls

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J’ai recommencé à « minimaliser » ma vie il y a un an et demi à peu près. Au cours de ce processus, j’ai fait tout un tas d’expérimentations pour voir de quoi j’avais réellement besoin ou pas. Finalement, je pense être parvenue aux limites de ce qui est acceptable ou possible. Dans cet article, je vais vous parler de l’influence de la société sur votre capacité à vivre sans objets ou sans déchets.

Le zéro déchet nécessite de posséder des objets

Ces derniers dix-huit mois, j’ai fait énormément d’expérimentations pour simplifier mais aussi diminuer mon empreinte carbone et faire moins de déchets. À un certain moment, c’est devenu assez marrant parce que je voulais posséder le moins de choses possibles, mais je voulais également faire le moins de déchets possibles. J’ai donc dû me rendre à l’évidence qu’il me faudrait certains objets pour polluer moins.

J’étais tentée d’aller faire mes courses les mains vides, mais j’étais effarée du monceau de plastique que je jetais chaque jour. J’ai donc décidé de toujours avoir mon « kit zéro déchet » avec moi.

Par exemple, quand j’ai avancé sur le trajet du zéro déchet, il m’a fallu :

  • des mouchoirs en tissu pour ne plus utiliser de mouchoirs en papier;
  • des carrés en coton pour me passer d’éponge en plastique et de papier essuie-tout;
  • plus de boîtes de conservation (emballer les repas fait maison pour l’extérieur, conserver les produits de base achetés en vrac);
  • des sacs en tissu pour acheter les fruits et légumes en vrac (et j’ai dû en acheter progressivement davantage car je n’en avais pas assez pour faire toutes mes courses, ce qui m’obligeait parfois à quand même prendre un sac jetable au supermarché);
  • une boîte en métal pour les aliments gras en vrac (le sachet en tissu n’est pas une option très propre pour acheter des croissants);
  • une boule à thé pour se passer d’infusions en sachets et pouvoir utiliser les herbes séchées directement.

Je me souviens avoir lu un livre sur le minimalisme, il y a quelques mois, et l’autrice expliquait qu’elle faisait aussi du zéro déchet. Elle détaillait ensuite ce qu’elle possédait. Quand j’ai vu la liste, je me suis dit : « Mais cette femme n’est pas minimaliste du tout ! » J’étais encore dans ma frénésie du désencombrement, mais je suis peu à peu parvenue à la même conclusion.

Parfois, être minimaliste à l’extrême va vous faire produire davantage de déchets. Si vous êtes très écologiste, alors ne rien posséder n’est pas la solution. En effet, certaines personnes ne veulent presque pas d’objets chez elles.

Quelques exemples :

  • si vous n’avez pas de mouchoir en tissu, sur votre vie, vous gaspiller des kilo et des kilo de papier en mouchoirs jetables;
  • si vous ne voulez pas posséder deux ou trois lavettes en microfibre ou en coton, vous utiliserez plein d’essuie-tout et d’éponges en plastique;
  • si vous ne voulez pas posséder de boîtes de conservation, de quoi préparer vos repas, ou même de couverts (un minimum, dix couverts par exemple) pour les éventuels invités, vous allez vous tourner vers de la vaisselle jetable, ce qui n’est pas forcément mieux;
  • si vous ne voulez pas de nécessaire de jardinage, alors vous ne pourrez pas produire vos propres légumes.

Il est parfois difficile de trouver un équilibre mais cela se fait par essais et erreurs.

Le minimalisme extrême vous rend plus dépendant de l’extérieur

Les modes de vie minimalistes extrêmes tels qu’ils sont montrés sur les réseaux sociaux ont quelque chose de fascinant et d’ingénieux, car ils ont énormément d’avantages. Un des avantages est notamment une grande liberté et une mobilité fortement facilitée.

Cependant, comme nous en avons déjà parlé au point précédent, vouloir ne rien posséder du tout vous rend assez dépendant du système.

Quelques exemples :

  • n’avoir aucun stock de nourriture chez vous, même pas pour une semaine, implique de faire confiance au système pour aller en acheter chaque jour;
  • ne pas avoir d’imprimante implique de devoir trouver quelqu’un qui en a une (ami, famille, bibliothèque) si jamais vous devez imprimer un document réellement important;
  • n’avoir qu’un seul couvert implique de devoir aller au café ou au restaurant pour manger ou boire avec un ami ou de la famille (si les commerces sont fermés, vous êtes alors bloqué);
  • ne pas avoir de voiture vous rend dépendant des transports publics.

Ce point est relatif. Tout dépend de ce que vous souhaitez dans la vie. Certaines personnes préfèrent ne s’inquiéter que du moment présent, et se disent qu’elles trouveront toujours une solution.

Je voulais simplement souligner ici que certaines pratiques minimalistes extrêmes ne sont possibles que grâce à l’abondance offerte par certains pays développés. Nous n’avons pas besoin de stocker des tas de médicaments, car il y a toujours une pharmacie pour nous les fournir. Il suffit de s’être retrouvé très malade un jour, avec la seule pharmacie de garde à vingt kilomètres, mais n’étant pas en état de conduire pour aller chercher les médicaments, pour le comprendre.

Nous n’avons pratiquement plus besoin de papier car nous avons accès à, d’une part, des appareils bon marché (ordinateurs, tablettes, smartphones et liseuses), et d’autre part, à un réseau téléphonique et Internet développé, ainsi qu’à une électricité disponible en permanence. Ces conditions ne sont pas réunies partout sur le globe.

Un minimum de confort quand on prend de l’âge

Dans la vingtaine, j’ai fait quelques années en étant extrêmement minimaliste. À l’époque, évidemment, j’étais très jeune, donc je pouvais me passer de confort.

Un minimaliste disait qu’avec l’âge, « on avait besoin de plus de confort ». Je n’ai pas trop compris de quoi il parlait. Cependant, en retentant l’expérience quinze ans plus tard, il m’apparaît maintenant évident que c’est vrai. Par exemple, si vous avez des problèmes de dos, vous aurez du mal à vous contenter d’un matelas sur le sol.

Le vrai minimalisme est difficile (même si pas impossible) quand on a des enfants

Pour plusieurs raisons, j’ai mis des limites à mon minimalisme car j’ai remarqué que cela me compliquait énormément la vie mais aussi que cela n’était pas forcément bon pour les enfants, en tout cas dans certains cadres de vie.

L’idée de vivre sans voiture est assez tentante, notamment au niveau des coûts et de la pollution. Cependant, quand vous vivez dans un pays ou une région où l’offre en transports publics est insuffisante, se passer de voiture a un gros impact sur votre qualité de vie. Par exemple, si un trajet de 20 minutes en voiture se transforme en cauchemar de deux heures et trois bus, à répéter matin et soir, cela entraînant deux heures (ou plus) de sommeil en moins, le jeu n’en vaut plus la chandelle.

Ce serait tout à fait faisable dans une société où il y a encore des commerces de proximité et une grande offre en transports publics, mais pas dans la vie telle que je la connais (je vis en Belgique, en Flandre).

La société n’aide pas à être minimaliste

Le problème, également, c’est que l’on vit dans une société qui a été entraînée, par le capitalisme et le marketing poussé, à consommer à outrance. On nous a persuadé qu’il valait mieux que chacun possède son propre exemplaire de chaque machine ou objet, plutôt que d’avoir des objets en commun. Le sens de la communauté a pris l’eau, et avec lui la capacité de s’entraider dans une même rue ou un même quartier, ou simplement dans une même famille.

Cela fait bien longtemps qu’une quinzaine de personnes ne se rassemblent plus chez untel pour regarder le match de football sur sa télévision car ils n’en ont pas eux-mêmes. Désormais, chacun regarde son match seul dans son salon, et n’a pas besoin des autres.

Finis les petits commerces de proximité, le « magasin du coin ». Depuis mon enfance, je les ai vus fermer par dizaines. Il n’y a plus d’épiceries, ni de librairies, ni de fleuristeries. Il est difficile de trouver un lavoir. À moins d’habiter au centre-ville ou juste à côté d’une grande surface, il vous faudra une voiture. Maintenant, c’est encore possible de se débrouiller, vous pouvez marcher trente minutes pour faire vos courses comme je le fais parfois, mais cela se complique quand vous êtes accompagné de jeunes enfants ou que vous voulez acheter des aliments frais (ex. fruits et légumes) qui pèsent lourd.

Il n’y a même plus de boîte postale dans la rue. Quand j’étais petite, on devait marcher maximum cinq minutes pour aller poster une lettre. En fait, je vais faire le test immédiatement, et chercher sur le site de la poste où se trouve la boîte la plus proche de chez moi : elle se trouve à 24 minutes de marche. C’est vrai que la majorité des services et des échanges se déroule maintenant de manière digitale, mais je trouve quand même le contraste frappant.

J’ai fait le test pendant deux mois de vivre sans machine à laver. Cela me semblait faisable car je n’ai pas beaucoup de linge à laver. Malgré cela, aller au lavoir est un vrai parcours du combattant. Même quand j’habitais au centre-ville, y aller à pied était presque mission impossible (cela pèse lourd et c’est quand même quinze minutes à pied avec un poids conséquent), et y aller en voiture également puisqu’il y a une grosse pénurie de places de parking. Par ailleurs, il faut dire qu’il n’y a pas beaucoup de lavoirs. Comme je dois laver le linge de tout un ménage, il me faut plusieurs machines en même temps. Cela m’est déjà arrivé de devoir attendre une heure pour qu’une machine se libère, sans parler des gens qui vous fusillent du regard parce que vous utilisez plusieurs machines en même temps. Bref, même en ayant peu de linge, j’en arrive à la conclusion que c’est difficile de vivre sans machine à laver. Le lavage à la main n’est pas vraiment une option, pour les draps et les mouchoirs, notamment.

Tout est organisé en fonction de la voiture. Pour être honnête, il est encore possible de vivre sans voiture, mais cela affecte profondément la qualité de vie, à moins de tout organiser très localement : travail et école au centre-ville, vélo cargo pour faire ses courses, etc. Il faut aussi ajouter qu’à plein d’endroits, même dans des villes relativement grandes, les transports publics sont un peu laissés à l’abandon. On n’arrête pas de supprimer des arrêts voire des lignes entières pour faire des économies. Cela donne des temps de trajet ridicules, et on finit par se tourner vers la voiture à nouveau. Quand j’habitais au centre-ville, pour aller travailler dans la grande ville d’à côté, mes quinze minutes en voiture s’étaient transformées en une heure et demie. En prenant les transports en commun, je perdais donc deux heures et demi sur la journée, ce qui est totalement impossible vu que je suis médecin et que j’élève deux jeunes enfants.

Minimaliste sans l’être vraiment

Ce matin, je me demandais de quelles machines j’avais vraiment besoin. Je me félicitais car je peux vivre sans four, sans micro-ondes, sans lave-vaisselle, sans grille-pain, sans congélateur, sans plein d’appareils de cuisine. Je n’utilise pas personnellement la télévision même si elle est toujours là.

Après je me suis dit oui mais, j’utilise toujours la voiture, le frigo, le smartphone, la tablette, l’ordinateur, la liseuse. Finalement, encore plein d’appareils électroménagers ou électroniques « de luxe ». Je me suis rendu compte que même en étant super minimaliste – peu de vêtements, pas de babioles, etc., je vis toujours dans une abondance un peu honteuse.

La situation familiale vous « oblige » parfois à polluer

Ce point je l’ai mis car j’ai constaté qu’il faut « avoir du temps » pour être plus écologiste. Une des choses qui augmentent le plus notre empreinte écologique est l’utilisation de véhicules privés propulsés par la combustion de carburant. Or, comme je l’ai mentionné ci-dessus, prendre les transports en commun vous fait parfois perdre quelques heures sur une journée.

Même en le voulant, certaines situations font que vous ne pourrez pas réduire votre empreinte écologique autant que vous le voulez, en tout cas pas immédiatement. Si vous n’êtes pas indépendant financièrement, vous dépendez en grande partie de votre lieu de travail et de la facilité de trouver un travail près de chez vous.

Pour un parent qui élève seul ses enfants, par exemple, le temps est une denrée précieuse et ne pas avoir de voiture revient à se limiter énormément et à simplement ne pas pouvoir faire tout ce que l’on doit faire en vingt-quatre heures.

Certaines familles n’ont qu’un seul parent qui travaille, car l’autre est malade, par exemple, et doit s’occuper des nombreux enfants, et doit par exemple combiner deux boulots pour joindre les deux bouts. Là encore, la pollution de la voiture est difficile à éviter.

Être un soldat éco-minimaliste dans un monde obsédé par la consommation

Je lisais récemment un article qui expliquait que la tendance minimaliste en Occident n’était pas forcément le signe d’une prise de conscience planétaire ni de grands changements des niveaux de consommation moyens. L’auteur de l’article expliquait que la grande majorité des gens a toujours envie de consommer autant que possible.

Cela est probablement vrai, puisque les émissions de CO2 à l’échelle mondiale1 ne font qu’augmenter. (Dans le même article, on voit quand même que les émissions de CO2 de l’Europe diminuent de manière constante, chose encourageante ! -37% depuis 1990, selon un article récent.2)

Quelqu’un qui n’a jamais mangé à sa faim, avec de grosses carences en vitamines, protéines et minéraux, et qui un jour a l’opportunité de commencer à manger de la viande ou des produits laitiers, va sauter sur l’occasion. Nous pouvons difficilement juger cela quand nous y avons toujours eu accès.

Quelqu’un qui a vécu dans une grande pauvreté, à qui on a toute sa vie agité l’abondance à l’européenne devant les yeux, ne va pas se priver de consommer lui aussi une fois que ses revenus augmentent.

Ce sont des réactions humaines. Il faut avoir eu accès à une certaine opulence et en être rassasié pour finir par se dire : « La consommation à outrance ne rend pas heureux, je préfère n’avoir que le nécessaire. » De la même manière, il faut avoir été rassasié de protéines animales, et ne pas avoir trop manqué, pour se dire: « Je veux ne manger que des plantes. »

À côté de cela, vous avez bien sûr les gens qui ont accès à cette abondance depuis leur plus jeune âge mais qui veulent encore continuer à acheter vingt vêtements par mois, mais cela est une autre discussion.

Le minimalisme extrême peut vous rendre malheureux

Vous priver de certaines choses peut vous rendre anxieux ou malheureux. Si vous allez « trop loin », cela peut vous faire perdre vos repères. Pour éviter cela, vous pouvez faire des tests avant de vous débarrasser de certaines choses, en les mettant de côté dans un boîte pendant quelques semaines.

Pour aller plus loin

Aidez-moi à compléter cet article ! Quel est votre avis sur les points mentionnés ? Quel genre de minimaliste êtes-vous ?

  1. Notre Planète, Emissions mondiales de CO2 dans l’atmosphère : statistiques, 15/11/2024, https://www.notre-planete.info/indicateurs/CO2-emissions.php ↩︎
  2. Toute l’Europe, Les émissions de gaz à effet de serre dans l’Union européenne, 24/9/2025, https://www.touteleurope.eu/environnement/les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-dans-l-union-europeenne/ ↩︎

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