Quand j’étais petite, j’habitais avec ma famille dans une grande maison remplie de choses. La tendance à l’accumulation touchait même la famille plus large – oncles, tantes, grands-parents, cousins et cousines. Tout le monde semblait avoir une envie folle de continuellement acheter des babioles toutes plus inutiles les unes que les autres. J’étais toujours impressionnée de la taille énorme des maisons, mais du peu de place qu’il restait à l’intérieur pour se déplacer, tellement elles étaient bourrées d’objets. Ce qui me frappait également, c’était beaucoup de gens que je connaissais étaient en surpoids et souvent malheureux. On avait vite fait de constater que l’accumulation d’objets ne contribuait pas au bonheur.
Depuis le plus jeune âge, je me suis sentie étouffée par toutes ces choses. Malheureusement pour moi, à ce moment-là, je ne pouvais pas y faire grand chose, j’étais bien obligée d’accepter le style de vie que les adultes voulaient me donner. Si l’on ramenait des tonnes d’objets qui ne servaient à rien à la maison, il fallait bien faire avec. Encore pire, le désordre et le chaos qui régnait dans le logement. Du haut de mes dix ans, je me souviens avoir commencé à ranger et à nettoyer la maison car je détestais cet encombrement futile (sans comprendre pourquoi). J’étais déjà une minimaliste dans l’âme, comme la plupart des humains à la base – j’y reviendrai plus tard.
Pendant l’adolescence, j’étais relativement simple, mais j’ai quand même commencé à accumuler des choses, moi aussi. Principalement des livres, des CD de musique et des vêtements. Nous n’étions pas riches selon des critères européens mais, en comparaison avec la majorité des habitants de cette planète, notre style de vie était complètement luxueux.
L’année de mes vingt ans, j’ai dû abandonner toutes mes affaires subitement à cause des circonstances de la vie et je me suis retrouvée du jour au lendemain presque sans rien. Cela ne m’a pas choquée plus que cela sur le moment. Au contraire, je me suis sentie relativement libérée. Je ne me souviens pas si mes caisses et mes caisses de choses m’ont manqué. Je me souviens d’avoir cherché à en récupérer une partie, surtout les livres, mais n’avoir pas pu le faire car je n’avais pas de voiture et que les livres pesaient énormément.
Quelques semaines ou mois plus tard, mon mode de pensée avait déjà évolué pas mal et je me suis rendu compte que je m’étais bien trop attachée à des biens matériels que, pour la plupart, je n’utilisais pas réellement. Je me refais le film à l’envers et je me dis que, si j’avais été minimaliste extrême au moment où l’ « incident » (appelons-le comme cela) est survenu, l’incident en question n’aurait quasiment rien changé à ma vie.
Par la suite, étant étudiante avec relativement peu de ressources, et n’ayant pas de voiture, j’ai très rapidement minimisé pour me débrouiller, tout simplement. J’ai donné les meubles de ma chambre d’étudiante, pour déménager ensuite toujours dans des chambres déjà meublées pour le temps de mes études. J’ai donné une grande quantité de livres à des magasins de charité, il ne m’en restait pratiquement plus aucun en ma possession – mais cela ne m’empêchait pas de toujours lire énormément. J’empruntais de la bibliothèque ou j’achetais d’occasion, et je rendais ou bien je donnais une fois que j’avais parcouru l’ouvrage. J’ai connu comme cela certains de mes meilleurs moments de lecture, profitant de la liberté de n’avoir rien à déménager. Pendant un certain temps, j’ai vécu avec uniquement le contenu d’une valise.
Encore maintenant, quand je repense à toutes ces possessions pesantes que j’avais, et que je repense à tous mes déménagements, je me dis à chaque fois que le jeu n’en valait pas la chandelle. Déménager de lourds dictionnaires grand format en papier, alors que je pouvais simplement les avoir en PDF sur mon ordinateur portable. M’attacher à des livres et à des magazines d’artisanat, alors que je ne les feuilletais même pas une seule fois par an.
Quand j’ai terminé mes études, j’ai commencé à toucher un salaire, donc un bon salaire. Comme j’avais galéré pendant toutes mes études, cet argent m’a donné envie d’être enfin « comme tout le monde » et de consommer comme les autres. J’ai recommencé à accumuler des possessions: des meubles lourds, des livres, des magazines, du matériel d’artisanat, des vêtements, des chaussures, etc. Tout cela s’accentuant avec le temps car je faisais passer dans la consommation la frustration d’être devenue employée et donc d’avoir troqué ma liberté en échange d’un revenu financier. Je pensais que cela m’aiderait à me sentir mieux, mais je me sentais juste de plus en plus déprimée. J’avais honte de gaspiller de l’argent en futilités. Je me sentais seule et, pour remplir le temps, au lieu de créer quelque chose d’utile à quelqu’un, ou d’aller faire des activités comme du sport, je me rendais dans les magasins et j’achetais de nouveaux objets qui prendraient la poussière dans mon appartement.
Tout se passait comme si j’avais oublié tout ce que j’avais appris sur le minimalisme, la simplicité et le bonheur. J’étais dans le train, maintenant, de l’autre côté de la barrière. Maintenant, j’avais des sous. J’étais une « dame ». Je suis tombée enceinte et j’ai à nouveau vécu un déménagement stressant. Pour limiter le stress, j’ai donné tous mes meubles, mais j’ai gardé tout le reste. Et le reste, c’était beaucoup de choses inutiles. Je n’avais pas encore de voiture et je me souviens avoir déménagé les sacs, un par un, portant de grosses quantités de choses que je n’utiliserais pas davantage dans mon nouveau logement.
Le nouveau logement était plus petit que l’ancien, on manquait de place. Le bébé est né, et la consommation a repris de plus belle. Je me suis laissé rattraper par mes croyances inconscientes. « Un enfant, pour être heureux, cela a besoin de beaucoup de choses – des tas de jouets, des montagnes de vêtements, etc. » Oublié, le minimalisme, je vous dis.
Dans ce petit appartement, on étouffait. J’avais tellement d’affaires que j’en avais fourré une grande partie dans de grands sacs en plastique et cela avait rempli toute la petite cave. Dans le logement même, les moins recoins libres étaient remplis de choses eux aussi. Dans la même logique que la croyance inconsciente que je venais de mentionner, on a cherché une maison à louer et on en a trouvé une : 240 m² de pur bonheur, avec un petit jardin. C’était génial, on n’en croyait pas notre chance quand on a emménagé dedans.
Les quatre années qui ont suivi, on peut les résumer en quelques mots: accumulation, corvées interminables (nettoyage, monter et descendre le linge continuellement du rez-de-chaussée au deuxième étage, ranger les jouets dix fois par jour), fatigue voire épuisement, bling-bling, satisfaction de l’image sociale, factures d’électricité et de gaz catastrophiques (une si grande surface à chauffer, cela coûte cher!). L’attachement à cette maison et toutes les belles choses qu’elle contenait m’a même poussée à prolonger plus que nécessaire une relation qui me faisait énormément de mal. Sacrifier l’humain pour le matériel, c’est la pire conséquence du consumérisme.
Accélérons de deux ans et demi, après un divorce et un déménagement vers un logement presque trois fois plus petit, la diminution de surface a été un énorme soulagement et cela m’a passé l’envie d’avoir un jour à nouveau une grande maison. Des économies substantielles en électricité et en gaz. Un gain de temps considérable. Ne plus devoir entretenir un jardin. Ranger tout plus facilement car tout est sur le même étage et les pièces sont les unes à côtés des autres.
Cependant, le problème d’accumulation est resté le même. Cela est resté le même problème: des jouets et des vêtements partout, tout le temps. Se baisser constamment pour ramasser les objets qui trainent par terre, et ne jamais arriver à avoir le logement réellement propre car cela prend trop le temps de tout ramasser et de tout déplacer pour nettoyer correctement. La fatigue et la frustration de voir son logement tout le temps en désordre. La honte de se sentir désorganisé. La distraction constante de voir trop d’objets. La culpabilité de voir chaque jour, depuis dix ans, cette même machine à coudre très peu utilisée que l’on avait achetée en se disant qu’on deviendrait grande couturière.
Il y a un an de cela, je ne sais plus trop comment cela a commencé, mais j’en ai de nouveau eu marre de mes possessions. Je croulais sous le fil à tricoter, alors que je n’avais même pas le temps de tricoter. J’ai « pété un plomb », et j’ai commencé à donner des sacs et des sacs de fil. Au début, j’ai donné les fils pas cher auxquels je n’étais pas trop attachée. Puis, j’ai continué à en donner en me disant que j’allais garder de quoi tricoter deux ou trois pulls. À la fin, j’en ai eu tellement marre de penser à tout ce fil que j’ai presque tout donné sauf un projet en cours, en me disant que plus jamais je n’achèterais de stock de fil, et que je rachèterais le nombre précis de pelotes la prochaine fois que je me fabriquerais un vêtement.
Cela m’a soulagée, et j’ai continué le processus de désencombrement. J’ai donné tellement de choses que je ne peux pas me rappeler de tout. Plein de vêtements abîmés ou qu’on ne portait jamais (je pense probablement vingt sacs au total), idem avec les sacs. J’ai enfin jeté des chaussures trouées que je gardais « au cas où », même pour les enfants. Les couvertures en excès. Des dizaines de sacs cabas réutilisables du supermarché (qui encombraient les armoires). Des dizaines de verres en plastique, alors qu’on ne peut boire que dans un seul verre à la fois. Des caisses et des caisses de jouets cassés, ou dépareillés, ou plus adaptés à l’âge des enfants. J’ai remplacé les caisses de livres pour enfants par des liseuses et par les livres en ligne sur le site de l’école – on a même fini par lire davantage avec ce système qu’avec ces vieux livres que je ramassais plusieurs fois par jour sans jamais même les ouvrir. Plus besoin d’avoir trente paires de chaussettes pour chaque enfant: une par jour de la semaine est suffisante, j’ai donc donné des dizaines de paires de chaussettes (et cela me simplifie énormément la vie!). Pareil pour les sous-vêtements. Je me suis débarrassée de tas de tabourets que j’avais acheté « au cas où » un jour ma maison serait remplie de dizaines de personnes, jour qui n’est jamais arrivé.
Au fur et à mesure que je donnais ou jetais des choses, les outils de rangements (caisses, supports, crochets) devenaient de moins en moins nécessaires. J’ai dû donner pas loin de vingt caisses de rangement en plastique, j’ai supprimé quatre énormes tiroirs en tissus que j’avais fourrés sous les lits des enfants pour récolter tous les jouets (mais cela n’avait fait qu’aggraver le problème). J’ai enlevé tous ces crochets et bacs de portes où j’accumulais les vêtements sales au lieu de simplement les laver directement. Je me suis également débarrassée de trois étagères. Sans parler de dizaines de sacs en tissus du supermarché. J’ai enlevé une armoire de la salle-de-bain. Les autres armoires de la salle-de-bain, que je ne peux pas enlever car je loue, restent désormais vides. J’ai donné au moins cinq trousses de beauté car je n’ai plus rien à mettre dedans. J’ai donné deux bacs à linge et trois tables de chevet. J’ai donné des racks en métal pour trier les papiers: je n’ai plus rien à mettre dedans, puisque j’ai tout scanné! J’ai aussi donné plein de plus petites boîtes de rangement et de boîtes de conservation.
Puis, je n’accumule plus jamais les déchets. Le garage a été vidé entièrement et ne contient plus que nos vélos. Dans le passé, c’était une pagaille pas possible: des dizaines de sacs de vieux papiers et plastiques, des objets cassés et inusités, attendant d’être amenés à la décharge, ce qui n’arrivait qu’une ou deux fois par an. La voiture était toujours remplie de déchets également.
Un an plus tard, je ne regrette absolument pas mon choix, et je ne pense pas retomber un jour dans les travers de la consommation effrénée. Je suis tombée dans le piège plusieurs fois dans ma vie, et cela ne m’a rien apporté de bon.
Désormais, je suis focalisée sur la vie et pas sur les choses. Sur l’être et le faire plutôt que sur l’avoir. Je ne possède pas de maison, mais je vis bien. Nous n’avons pas de jardin, mais nous sommes constamment en vadrouille – plaine de jeux, parcs d’attraction, réserves naturelles, visites à des êtres chers, etc. Finalement, on n’a pas besoin de « posséder » la nature, car elle est partout. Il n’en faut pas beaucoup aux enfants pour être heureux: amenez-les dans un jardin public, laissez-les jouer avec des feuilles et courir dans l’herbe, et ils seront aux anges. Je ne possède pas de bibliothèque, « juste » une liseuse (que je considère comme un luxe absolu et que je chéris au quotidien), mais je lis constamment.
Ce que je voulais aussi dire avant de terminer cet article de blog, c’est que le minimalisme m’a toujours aidée, peu importe la période de la vie dans laquelle je me trouvais, même dans les plus sombres. Le minimalisme m’a aidée davantage que n’importe quelle consommation n’a jamais pu le faire. Et ce sera le cas pour vous aussi, j’en suis sûre, si vous n’avez pas encore découvert ses bienfaits. Au moment où je vous écris, là, mon appartement est presque vide, mais je suis très heureuse et mes enfants aussi. Aujourd’hui, j’ai passé du temps à m’occuper d’eux correctement, puis j’ai passé deux heures à vous écrire pour partager mon expérience, choses qui font partie de mes priorités. Dans le passé, j’aurais passé ce temps à râler sur l’état du logement, à dire à mes enfants que je n’avais pas le temps de jouer avec eux car j’ai trop d’objets à ranger, et j’aurais été me coucher épuisée sans avoir eu le temps de consacrer du temps à l’écriture – ce que je préfère par-dessus tout.
On arrive à la fin de ce post, j’espère qu’il vous a plu et intéressé, et je vous dis à bientôt pour d’autres partages d’idées!
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Note importante: n’oubliez pas que ce blog constitue une aide et ne remplace en rien un suivi psychologique si vous êtes vraiment mal en point. Si vous pensez avoir besoin d’une aide psychologique urgente, je vous conseille de vous adresser aux urgences psychiatriques (ou si vous n’en avez pas à disposition, aux urgences) de l’hôpital le plus proche de chez vous.

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