L’inceste, ce phénomène dont on ne parle que du bout des lèvres, et pourtant ubiquitaire et si fréquent. Bien que la définition du dictionnaire parle de « relations sexuelles entre membres proches de la même famille », le terme est très souvent utilisé pour désigner une « activité sexuelle imposée à un mineur par un membre de la famille exerçant sur lui une certaine autorité ». Bien sûr, il existe des incestes consentis, comme un frère et une sœur qui tomberaient amoureux et décideraient d’entretenir une relation charnelle. Dans cet article, nous parlerons donc uniquement de l’inceste imposé.
Pour un enfant, un tel abus de confiance constitue une grande trahison (de son amour et de sa confiance), qui porte bien souvent à des conséquences très lourdes. Cependant, tout le monde ne réagit pas de la même manière à des abus sexuels subis au sein de la famille. Certains sont dévastés, d’autres tombent dans l’amnésie traumatique, d’autres encore parviennent à digérer le traumatisme et à avoir une vie normale.
Lorsqu’on écoute ou lit des témoignages de victimes d’inceste, on entend bien souvent des individus gravement marqués, parfois profondément malheureux. En revanche, ils ne constituent pas la totalité des cas, et l’on entend également des victimes expliquer comment elles ont, à un certain âge, eu un déclic qui leur a permis d’aller mieux. En effet, il est tout-à-fait possible d’aller mieux. On ne peut peut-être pas oublier ce traumatisme sévère, mais on peut parfaitement se reconstruire et mener une vie heureuse.
Comment font donc ces victimes d’agresseurs incestueux pour aller mieux ? Voici quelques constatations et pistes.
1) La ferme intention d’aller mieux
Effectivement, cela est arrivé. Le passé est inchangeable. Impossible de revenir en arrière. La victime se retrouve là, avec ce lourd poids, les conséquences parfois énormes, un mal-être souvent difficile à gérer
Comme à chaque fois que l’on va mal psychologiquement, il y a souvent un moment où on « touche le fond ». C’est généralement à ce moment-là qu’on décide que cela ne peut pas continuer de la sorte, qu’il va falloir aller mieux.
Si la victime se rend compte qu’elle n’a jamais mené qu’une vie insupportable depuis les abus, alors il est temps de se retrousser les manches et de décider fermement qu’on fera tout ce qui est possible pour aller mieux.
2) Réaliser qu’il s’agit d’un problème fréquent qui peut toucher n’importe qui
Subir l’inceste ne signifie pas que vous êtes « un certain type de personne ». Non. Des enfants de toutes origines géographiques, de toutes confessions, de toutes classes sociales, de tout sexe, de tout type de personnalité, etc. peuvent subir l’inceste.
Selon des chiffres obtenus par des études et sondages réalisés en France par diverses associations (dont Face à l’Inceste), on parle d’une hypothèse de 10% de la population qui aurait été victime d’inceste. Cela signifie deux ou trois enfants par classe. Chiffre énorme, une claque dans la figure. Pourtant, ces enfants passent inaperçus, et ils existent bel et bien.
Ce point n’est pas décrit pour expliquer qu’il est « rassurant » d’être « une victime parmi des millions ». Il est là pour déculpabiliser la victime et surtout provoquer une prise de conscience par rapport à un réel problème de société.
3) Parler, parler, parler
Comme on l’entend souvent dire, ce qui détruit les victimes, c’est de devoir garder un lourd secret. Ne pas parler aggrave encore l’impact de l’abus, car l’enfant développe l’impression d’être complice et un sentiment de culpabilité par le fait de « ne pas arrêter cela ».
Certaines fillettes ou adolescentes, par exemple, sont utilisées par leur père comme « leur petite femme ». Celui-ci les projette dans une situation où elles jouent un rôle de maîtresse vis-à-vis de leur père. En effet, le père est en couple avec la maman, et la fillette est propulsée dans une situation malsaine où on la force à trahir sa maman – non seulement en subissant un contact sexuel de la part de leur géniteur, mais également en étant forcée à ne rien dire.
Parler est la seule manière de briser cette bulle de verre qui maintient la victime prisonnière et lui occasionne un grand nombre de sentiments négatifs, en particulier vis-à-vis d’elle-même (ou de lui-même).
4) Trouver une personne de confiance qui vous croit
Il arrive que parler ne résolve rien, et provoque même des problèmes vis-à-vis de la victime. L’entourage pourra avoir soit une réaction appropriée, la croyant et la défendant. Ou bien, il pourra mettre la parole de la victime en doute et parfois même la rejeter entièrement ou partiellement.
Considérez cette personne comme votre bouée de sauvetage : il y aura toujours quelqu’un qui vous croira. Cela peut être une meilleure amie, un professeur, un médecin, ou autre. Si vous ne trouvez pas de soutien dans votre entourage familial, alors recherchez-le absolument ailleurs, mais trouvez au moins une personne qui vous soutienne.
5) Porter plainte
Ce que je remarque souvent chez les victimes d’inceste « qui s’en sortent », c’est le fait d’avoir été défendue, et le fait qu’il y ait eu dépôt de plainte (que ce soit par soi-même, par un proche, à la suite d’un signalement fait par le médecin).
Régulièrement, on entend cela : « J’ai subi des viols de la part de mon père, mais dès la révélation, ma mère a porté plainte, et il a écopé de quelques années de prison. » Cet élément semble toujours rassurant et réconfortant pour les victimes. Elles ont subi un abus, mais il y a eu une plainte, un procès et parfois même une condamnation. La condamnation n’est pas essentielle à la guérison : le fait d’avoir riposté et fait connaître les événements suffit parfois à améliorer l’état psychologique de la victime.
De la même manière, le fait de ne pas avoir été crue ni défendue par ses proches a un impact qui semble paradoxalement parfois encore pire que l’agression elle-même. Cela est d’une extrême violence, et correspond à une terrible agression, à la suite d’une première agression terrible. Il est donc aisé de comprendre que le simple fait de croire la victime et de porter plainte évitent déjà cette « double peine » d’être remise en question.
6) Soigner sa propre identité
Ceci est un conseil qui est souvent dispensé en psychologie, et pas uniquement pour les victimes d’incestes. Cependant, il est pertinent pour elles aussi.
Quand on dit « soigner son identité », cela veut dire faire attention aux mots que vous utilisez pour vous décrire. La façon dont vous parlez de vous-même et dont vous racontez votre vie ont un grand impact sur la façon dont vous vous percevez.
Vous n’êtes pas :
« Valérie, jeune femme de vingt-deux ans, violée par son père de l’âge de onze ans à l’âge de seize ans, dépressive, rejetée par sa famille, totalement détruite. »
Vous êtes :
« Valérie, jeune femme de vingt-deux ans qui [travaille/fait des études dans tel domaine], qui a des passions, qui ne va pas trop bien psychologiquement mais qui a eu le courage de parler des abus subis et qui fait actuellement tout ce qu’elle peut pour s’en remettre. »
Ce ne sont que des exemples, mais pour une même personne, avec une même situation personnelle et une même santé mentale, il y a des façons différentes de se décrire, de relater son vécu. Il ne faut pas pour autant mentir. Il s’agit simplement de ne pas toujours mettre l’abus au premier plan. Si vous devez parler de vous, n’oubliez pas toutes les choses positives et les buts atteints, vos qualités, etc. Ne commencez pas à chaque fois votre récit en expliquant que vous avez été victime d’un abuseur incestueux. D’ailleurs, refusez d’être une victime, ne parlez pas de vous comme d’une victime.
7) Refusez d’être une victime pour la vie
Le temps des abus, on vous a maltraitée et victimisée. À ce moment-là, vous avez été victime. Tout individu a le droit d’accepter ou de refuser certains rôles, certains statuts. De la même manière, vous pouvez rejeter l’idée que vous êtes « Valérie, la victime de Paul. » Vous êtes simplement Valérie, à qui Paul a fait du mal.
« Je suis Valérie, j’ai réussi à sortir de ces abus, je m’en suis tirée, et je décide de vivre une vie sans mon abuseur, en cherchant activement à aller mieux. »
Se décrire comme victime impuissante vous rend effectivement impuissante. Vous décrire comme une personne normale qui a subi une situation anormale, change tout.
8) Remettre les pendules à l’heure
La seule personne qui doit avoir honte, et de qui l’on doit avoir pitié, c’est l’abuseur, pas la victime. Comme le disait bien une jeune femme qui témoignait dans un programme télévisé : « Je n’ai absolument rien à me reprocher. C’est lui qui est dégoûtant, pas moi. »
L’abuseur vit avec le souvenir de son abus. Certains en ressentent une grande culpabilité et se suicident même. D’autres se font rejeter par leur entourage sur aux révélations. Beaucoup perdent le contact pour toujours avec la victime, qui coupe souvent les ponts – donc l’abuseur ne voit souvent plus ses enfants du tout. Ne parlons pas des condamnations en justice et des peines de prison éventuelles, de la perte de la garde des enfants, de l’obligation de se faire soigner, etc. Lorsque l’agresseur est pervers ou psychopathique et ne souffre pas de ce qu’il a fait subir à la victime, sa vie n’est pas forcément à envier non plus – ce sont souvent des gens qui ont une vie très chaotique, aucune relation sincère, une incapacité à aimer et à réellement apprécier la vie.
Finalement, cela est bien triste d’être à leur place, et si vous avez subi des abus de leur part, laissez-les à leur sombre sort. Je pense que voir les choses de cette manière retourne la situation. Les abuseurs sont victimes d’eux-mêmes, de ne pas avoir de limites, ou de principes, de ne pas avoir pu contrôler leurs pulsions. Vous, en revanche, vous étiez juste là au mauvais endroit au mauvais moment, et cela ne fait aucunement de vous quelqu’un de pitoyable!
Comme me l’avait dit une consœur un jour : « L’agresseur reste toujours le seul responsable de ses actes. »
9) La confrontation
Un conseil qui était donné par l’une des victimes dont j’ai regardé le témoignage, c’était d’accepter la confrontation avec l’agresseur au cours d’un procès. Cela peut aussi se faire en-dehors d’un procès. Il s’agit donc de confronter son agresseur, et de parler directement des abus avec lui ou elle.
10) Éviter les prédictions néfastes
Encore une fois : les mots que l’on utilise ont un impact sur notre vie et sur notre évolution. J’avais lu un jour dans un article qu’il était prouvé en psychologie que le fait de dire quelque chose (« Je ne veux plus jamais te voir. ») avait un effet de promesse et augmentait la chance de le faire vraiment ou la chance que l’événement se produise réellement.
On entend parfois des victimes dire : « Moi, j’ai pris perpétuité, jamais je n’irai mieux, je suis détruite entièrement et je ne me vois pas guérir. » En réalité, il y a toujours moyen d’aller mieux, même si ce n’est pas une guérison totale, même si ce n’est qu’un tout petit peu mieux.
Quand une victime dit : « J’ai une très mauvaise image de mon corps, et cela ne changera jamais. », elle se condamne effectivement à ce qu’elle dit. En disant cela, elle exprime en fait qu’elle est orientée sur sa souffrance plutôt que sur la recherche de solutions à sa souffrance.
11) Écouter et lire des témoignages autant que possible
Encore une fois, ceci est une méthode générale pour aller mieux en psychologie. Entendre des pairs relater une expérience similaire à la vôtre peut considérablement vous aider, en vous faisant vous sentir moins seule, en réalisant qu’il existe peut-être des cas pires que le vôtre, en vous donnant des exemples de personnes qui réussissent à aller bien malgré tout, en vous montrant comment les autres victimes ont géré, etc. Au fur et à mesure, vous développerez une adaptation psychologique grâce à ces autres victimes et cela vous permettra de donner une place aux abus subis.
12) Lire des livres et regarder des émissions sur l’inceste
« Pourquoi ? »
« Pourquoi moi ? »
Incompréhensible, ce comportement incestueux. Cela peut rendre dingue, de ne pas comprendre. D’ailleurs, peut-être que même après de nombreuses lectures, vous ne comprendrez toujours pas. Cependant, s’instruire sur le sujet permet de mieux le cerner : combien de victime, quel profil d’agresseur, un mode opératoire commun aux autres agresseurs, etc. Ce qui est compris est toujours plus facile à gérer.
13) La recherche active de solutions
On l’a déjà mentionné plus haut lorsqu’on parlait des prévisions néfastes : se prédire un futur sombre de manière fataliste ne fait en rien avancer votre situation. C’est pour cela qu’il faudrait idéalement prendre l’habitude, et c’est un conseil valable pour toutes les difficultés dans la vie, d’investir son temps et son énergie dans la recherche de solutions et non dans le ressassement, la vengeance, etc.
Dans ce cas-ci, la difficulté, c’est « Je me sens mal à cause de l’inceste que j’ai subi. » La réaction idéale est donc : « Je veux me sentir mieux petit à petit, je vais lire autant que possible, je cherche le meilleur traitement disponible, j’écoute des témoignages, j’entame un suivi thérapeutique. »
14) La psychothérapie
Il existe différents types de psychothérapies susceptibles d’aider les victimes d’inceste :
– La thérapie cognitivo-comportementale ;
– La psychotraumatologie ;
– La psychothérapie systémique ;
– Etc.
Elles feront peut-être l’objet d’un autre article.
15) La créativité
Certaines victimes trouvent leur exutoire dans la création. Il s’agit là de sublimation, c’est-à-dire de convertir quelque chose de négatif en quelque chose de positif. La souffrance est un moteur incroyable. Les personnes qui parviennent à dévier leur douleur et à utiliser l’énergie fournie par celle-ci pour des projets utiles ou originaux peuvent même produire du contenu de grande valeur.
Pour ne citer que quelques exemples, vous avez les victimes qui rédigent une autobiographie ou des romans inspirés de leur histoire. D’autres vont composer des chansons qui parlent de l’inceste, ou créer une organisation contre l’inceste. On voit des victimes étudier le droit pour défendre plus tard d’autres victimes. Il y a mille et une manières de détourner votre détresse vers quelque chose de beau, d’utile et de bienfaisant.
Nous voici arrivés à la fin de cet article qui, je l’espère, vous aura aidé(e).
Si vous avez apprécié ce contenu, n’hésitez pas à le partager autour de vous à des gens qu’il pourrait intéresser ou aider. C’est en parlant de l’inceste et le rendant accessible à l’œil public que nous obtiendrons le changement sociétal qui s’impose à l’heure actuelle.
Je vous dis donc à bientôt pour un nouvel article sur la santé mentale.
Note importante: n’oubliez pas que ce blog constitue une aide et ne remplace en rien un suivi psychologique si vous êtes vraiment mal en point. Si vous pensez avoir besoin d’une aide psychologique urgente, je vous conseille de vous adresser aux urgences psychiatriques (ou si vous n’en avez pas à disposition, aux urgences) de l’hôpital le plus proche de chez vous.
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